Identifier et surveiller
Les technologies de la sécurité

Cultures & Conflits, n° 64 - Hiver 2006

L'Harmattan

ISBN: 1157-966 X

Identifier et surveiller


Recensions :

dot Review by Jonas Hagmann, Surveillance & Society, 5 (3), 2008

QuatriŹme de couverture :

L'identification et la surveillance, a priori conćues comme deux activités distinctes, sont désormais trŹs liées, voire confondues, et cette assimilation est allée croissante avec l'adoption des technologies de sécurité présentées comme un dispositif hautement scientifique de lutte contre les risques en tous genres, actuels et futurs. Ces technologies sophistiquées de sécurité procŹdent ą l'identification d'un individu et ą sa surveillance ą partir de l'examen de ses caractéristiques innées et inchangeables.

Ce numéro a pour objectif de mettre l'accent sur les processus et logiques qui ont mené les États, les organismes internationaux et les individus ą adopter ces nouvelles « technologies de sécurité » pour lutter contre les risques et anticiper sur de potentiels dangers. Ces technologies sont reliées ą des bases de données qui dématérialisent l'identification et la surveillance, rendues ainsi de plus en plus intrusives. Le développement de la biométrie et le droit ą la protection de la vie privée des individus sontils conciliables ? Qu'a prévu l'Union européenne dans ce cadre ? Quels mouvements de résistance se sont mis en place ?


Sommaire et résumés :

ÉDITORIAL

Identifier et surveiller: les technologies de sécurité
Ayse CEYHAN

ARTICLES

Technologie et sécurité : une gouvernance libérale dans un contexte d'incertitudes
Ayse CEYHAN
Résumé
Contrairement aux approches déterministes et essentialistes, cet article se propose d’analyser les relations technologie/ sécurité en ter- mes de contextes et dynamiques. AprŹs avoir posé le cadre définitionnel oĚ la technologie est envisagée au sens de « dispositif » qui pro- duit un environnement et faćonne les comportements individuels et sociaux, l’auteur examine les éléments de contexte qui conditionnent la technologisation fulgurante de la sécurité. Le contexte est caractérisé par plusieurs phénomŹnes qui ont pour point commun de générer des incertitudes. Le recours aux technologies émergentes de sécurité se produit dans un cadre de gouvernance libérale oĚ l’État coopŹre avec les entreprises, les organismes internationaux, l’Union Européenne, etc. Pour tous ces acteurs la technologie apparaĒt comme la solution la plus scientifique pour anticiper les dangers et menaces futurs. Cela soulŹve des problŹmes éthiques, juridiques, philosophiques, sociologiques et politiques cruciaux qu’il convient d’examiner ą la lumiŹre de la transformation des rapports humains par la technologie.

 

Enjeux d'identification et de surveillance a l'heure de la biométrie
Ayse CEYHAN
Résumé
La biométrie mesure l’unicité d’un individu ą partir des parties inchangeables de son corps. Elle est présentée comme la méthode la plus scientifique pour identifier les individus avec certitude et pour contrôler le futur. Cet article examine l’adoption d’un dispositif sophistiqué de surveillance et d’identification par la biométrie comme faisant partie d’une problématique de la maĒtrise de la fluidité par l’État. Défié dans ses fonctions weberiennes par la globalisation et la transnationalisation, l’État cherche ą restaurer son monopole sur l’identification des personnes et sur la surveillance des mouvements en recourant aux technologies biométriques. Or, cette préoccupation de « sécuriser » dépasse les limites de l’État et constitue un enjeu de surveillance au niveau global. Par conséquent, il faudra repenser l’État dans un cadre post-weberien oĚ la globalisation de la biométrie participe ą la déterritorialisation des contrôles.

Une carte nationale d'identité biométrique pour les Britanniques : l'antiterrorisme au cŌur des discours de justification (article a lire ici)
Laurent LANIEL, Pierre PIAZZA
Résumé
ň partir des années 1980, les gouvernements britanniques ont commencé ą mettre en avant l’argument de la lutte antiterroriste dans leurs discours visant ą justifier le besoin d’instaurer une carte nationale d’identité dans leur pays. Mais ils ne sont jamais parvenus ą démontrer rigoureusement comment un tel document permettrait de lutter efficacement contre le terrorisme. Le caractŹre peu probant et souvent fragile de l’argumentaire antiterroriste, davantage mobilisé depuis le 11 septembre 2001, constitue une des principales explications ą l’ampleur des résistances suscitées par le Identity Cards Bill, projet gouvernemental d’encartement biométrique des citoyens britanniques lancé en 2002. En dépit de grandes difficultés, les autorités sont finalement parvenues ą faire aboutir ce projet en 2006, mais en infléchissant leur discours, devenu ą la fois plus prudent et plus ambigu, et en faisant valoir le caractŹre incontournable de prétendues obligations internationales.
Abstract
In the 1980s, British governments started using the argument of the fight against terrorism in order to justify the need to adopt a national identity card in the UK. Yet, they have never succeeded in demonstrating indisputably that ID cards may help fight terrorism. The unfounded and unconvincing nature of this governmental rhetoric is one of the main reasons for the strong resistance faced within the UK by the Identity Cards Bill, the project of biometric ID cards for British citizens launched by the government in 2002. In spite of many difficulties, the government eventually succeeded, and the bill became law in 2006, but only after adapting its rhetoric, which became both more prudent and more ambiguous, and by alleging the incontrovertibility of so-called international obligations.
Resumen
A partir de los aĖos 80, los gobiernos británicos empezaron a avanzar el argumento de la lucha contra el terrorismo para justificar la necesidad de adoptar un documento nacional de identidad en el Reino Unido. Sin embargo, nunca lograron demostrar con rigor como un documento de identidad permitiría luchar contra el terrorismo eficazmente. El carácter infundado y poco convincente de la retórica gubernamental es una de las principales razones que explican las fuertes resistencia que enfrentó el Identity Cards Bill, proyecto de documento nacional de identidad biométrico para ciudadanos británicos lanzado por el gobierno en el 2002. A pesar de muchas dificultades, el gobierno logró imponerse en el 2006, pero al precio de adaptar su discurso, que se volvió a la vez más prudente y más ambiguo, y de valerse del carácter ineludible de supuestas obligaciones internacionales.

Les résistances au projet ines
Pierre PIAZZA
Résumé
Le projet de carte nationale d’identité biométrique (INES) du ministŹre de l’Intérieur franćais a suscité de multiples critiques et résistances depuis 2005. Cet article analyse les différentes formes de contestation ainsi que la teneur des discours d’opposition auxquels ce projet s’est heurté et qui ont conduit ą sa suspension provisoire.

Bases de données personnelles et politiques de sécurité : une protection illusoire
Sylvia PREUSS‑LAUSSINOTTE
Résumé
Cet article traite des questions juridiques posées par les bases de données personnelles dans le cadre du recours aux technologies de sécurité, notamment en Europe. La relation entre sécurité et démocratie étant centrale, l’Union européenne a fait le choix de placer cette question sous l’angle du respect des droits fondamentaux. Mais, si la protection de la vie privée et son développement sous forme d’une protection spécifique des données personnelles semble précise dans les textes, dans les faits, elle apparaĒt comme trŹs formelle et peu efficace, surtout dans le cadre des fichiers de sécurité. A cela s’ajoute une série de dysfonctionnements techniques non résolus et des problŹmes soulevés par la transformation des données biométriques en véritables données publiques, stockées dans un nombre considérable de systŹmes informatiques. Ces risques sont renforcés par l’objectif d’interconnexion de l’ensemble des fichiers de sécurité au niveau européen.

L'Union européenne et les technologies de sécurité
S
ylvia PREUSS‑LAUSSINOTT
Résumé
Cet article vise ą analyser, sous l’angle juridique, le rôle de l’Union européenne dans le choix des technologies de sécurité, choix qui s’est essentiellement traduit par le recours ą la biométrie et aux bases de données, deux éléments indissociables. Ce choix l’a été dans un objectif de « cohérence juridique » présenté comme nécessaire pour l’élaboration d’une politique européenne de sécurité. Mais la réalisation de cet objectif reste contraint par une série de décisions extérieures ą l’Union, notamment celles des États-Unis et de l’OACI. Il se heurte de plus ą la réticence de certains États, et ą la difficulté de mise en ouvre de cette « cohérence juridique », mźme en créant un « principe de disponibilité » complexe entre les États.

RÉSONANCES

Combattants saoudiens en Irak : modes de radicalisation et de recrutement
Thomas HEGGHAMMER
Résumé
Cet article analyse, au travers d’un échantillon de deux cent cinq « martyrs » saoudiens tués en Irak depuis 2003, les différentes trajectoires ayant conduit de jeunes Saoudiens établis d’embrasser le combat et une mort probable sur le champ de bataille irakien. L’étude de leurs trajectoires individuelles et collectives permet d’avoir une image plus complexe et détaillée de leurs antécédents, de leurs motivations, de leurs modes de recrutement ainsi que de leur rôle dans l’insurrection irakienne. En montrant que leur origine géographique et sociale ne joue pas un rôle déterminant, que des motivations plus généralement sociales et politiques jouent un rôle crucial et qu’il s’agit d’une génération différente de celle des « Arabes afghans » et de l’ancien réseau Al-Qaēda, cet article remet en question nombre de représentations communes du phénomŹne. Il montre également que, contrairement ą ce qui est généralement dit, le « contingent » saoudien ne semble pas jouer un rôle crucial dans l’insurrection en Irak.

HORS‑THťMES

L'intégration comme injonction. Enjeux idéologiques et politiques liés a l'immigration
DaniŹle LOCHAK
Résumé
L’étude vise ą mettre en lumiŹre les enjeux politiques, idéologiques et juridiques qui se sont noués autour de l’idée d’intégration depuis le milieu des années 1970 – moment oĚ l’on a pris conscience que l’immigration de travailleurs, perćue comme temporaire, avait évolué vers une immigration durable et oĚ l’intégration des immigrés est entrée dans le champ des préoccupations des pouvoirs publics avant de devenir un sujet de débat politique. Cette histoire se joue sur trois plans qui interfŹrent sans cesse. L’intégration est d’abord un objet de dis- cours ; mais le discours peine ą déboucher sur des réalisations, au point d’apparaĒtre comme un substitut ą une action publique défaillante, mźme si l’intégration est l’un des objectifs officiellement assigné ą la politique d’immigration, ą côté de la « maĒtrise des flux migratoires ». L’intégration est par ailleurs entravée par la réglementation du séjour et de l’éloignement : l’amalgame délibéré, dans les deux derniŹres « lois Sarkozy » de 2003 et 2006, entre droit au séjour et intégration, vient rappeler cette réalité souvent oubliée ou déniée.

Créer une révolution dans les affaires militaires : mode d'emploi
Christophe WASINSKI
Résumé
L’objectif de l’analyse consiste ą appliquer la méthode développée par Bruno Latour – pour étudier le projet technique « Aramis » – ą l’élaboration d’une Révolution dans les affaires militaires (RAM) aux États-Unis. Par cette méthode, il est possible de décrypter les discours constitutifs d’un projet militaire, de mettre ą jour les identités des acteurs concernés ainsi que leurs relations. En fin de compte, l’aspect construit de la RMA est mis en évidence.

REGARDS SUR L'ENTRE-DEUX

Société de la connaissance, société de l'information, société de contrôle
(entretien avec) Armand MATTELART

Huitzilopochtli

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